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Quelques croisements ... 3 : la posture influente

 

 

La posture d’influence :

 

Comme indiqué précédemment, le praticien Clean exerce une influence qui guide l’exploration des métaphores de son client : il oriente cette découverte en utilisant un jeu de questions et de réitérations. Mais ce n’est là qu’une petite partie des choix exercés par le praticien. En effet, la créativité fertile de David Grove l’a amené à élaborer divers processus d’exploration par les métaphores, par l’espace, par les itérations en six étapes, à partir de supports variés, ces diverses méthodes pouvant être intégrées les unes aux autres, utilisées alternativement ou simultanément, ou encore combinées à d’autres approches comme les Constellations. La diversité des options de travail ouvertes par l’inventivité de David, et la palette des possibilités de combinaison entre elles est si riche qu’elle engage le praticien à prendre une foule de micro décisions concernant le guidage, afin d’orienter et ajuster le processus selon ce qui émerge du « système » du client. Ce qui fait qu’une facilitation Clean ne ressemble à aucune autre.

Au-delà de la sélection des métaphores à questionner, l’influence du praticien s’applique également à faire des choix stratégiques, et à orienter son client vers une forme de travail ou une autre dans l’intention de faciliter ses explorations, et parfois les pousser vers leurs confins, vers ce qu’il lui serait possible de savoir.

Le travail Clean ne cherche pas directement à « résoudre des problèmes », mais plutôt à en expérimenter diverses approches logiques ou concrètes, à explorer les liens entre ces points de vue, et à tirer les enseignements des informations qui émergent en combinant ces différents « téléchargements » suivant l’expression de David Grove.

 

Le praticien narratif ne cherche pas davantage à « résoudre » les problèmes de son client. Il constate simplement avec celui-ci une dissolution progressive des principaux obstacles pour lesquels la personne était venue en consultation, au fur et à mesure qu’elle utilise davantage sa capacité d’initiative personnelle pour conduire sa vie en fonction de ses propres valeurs, espoirs et engagements. Les cartes narratives offrent de nombreuses possibilités pour mener une conversation à partir des histoires et aspirations apportées par le client. Elles partagent une rythmique et des formes de respiration communes, avec par exemple : les mouvements d’externalisation-réincorporation, les allers et retours entre les expériences concrètes et les intentions ou espoirs qui les ont guidées, le tricotage entre les évènements dans leur contexte et le sens qu’ils revêtent pour le client, les mouvements de navette dans le temps qui tissent des liens narratifs entre des évènements jusque là isolés et comme dépourvus de sens…

Le praticien narratif dispose donc lui aussi d’une multitude d’options pour proposer des explorations à son client. Il s’attache également à guider les découvertes de son client de ce qu’il sait maintenant vers ce qu’il lui est possible de savoir, suivant le modèle de la zone de développement proche initiée par Lev Vitgovsky. Son influence s’exerce donc dans deux dimensions principales : dans le choix des histoires à explorer, et dans la progression des questions depuis le récit jusqu’à l’émergence du sens.
Les deux approches impliquent donc que le praticien réagisse à ce qu’exprime son client :

  • en choisissant d’orienter l’attention de la personne vers une métaphore ou une histoire plutôt qu’une autre
  • et également en dosant la progressivité des tâches et questions sur lesquelles il propose à son client de travailler pour faire émerger des significations nouvelles
 Les recommandations de Michael White concernant la conduite des re tellings permet de mieux cerner l’intention qui guide l’influence narrative : en ce qui concerne les témoignages issus de personnes invitées à intervenir en support au travail du client au cours d’une conversation narrative, Michael insiste précisément[1] sur la responsabilité du praticien dans le guidage de ces restitutions. Il lui conseille donc de veiller à éviter que les témoins n’en viennent à placer leur propre histoire au centre de leur témoignage, et insiste sur la nécessité de recentrer les interventions qui ne rendraient pas hommage à la capacité du client à conduire sa vie. Cela suppose d’éviter naturellement les conseils, mais aussi les compliments et encouragements bien intentionnés qui consisteraient à « réécrire » l’histoire du client avec les références personnelles des témoins. L’intention narrative veut que les témoignages apportent au client des indications sur l’utilité que le partage de son histoire peut avoir  pour la vie des autres, suivant la dynamique de la construction sociale de l’identité. Les questions invitent donc les témoins à faire part des termes, expressions ou images qui les ont touchés en résonance, puis à indiquer quels apprentissages ils ont pu ainsi acquérir ou renforcer concernant leur propre histoire. (Davantage de précisions à ce sujet dans le post du 29 novembre 2009 intitulé « la précieuse fragilité des témoignages », ndlr).  


[1] « Maps of Narrative Practices », M.White, Norton, 2007
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