Vous Êtes ici: Accueil Blog Quelques croisements...2 : la posture décentrée

Croisements-Narratifs.fr

Croisements-Narratifs.FR

Quelques croisements...2 : la posture décentrée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La posture décentrée …

 

Elle consiste à placer le client –  ou plus précisément, son « système » de représentation dans le processus Clean, ou bien son histoire, sa multi-histoire durant la conversation narrative-  au centre du travail. Cela implique de le respecter comme la personne qui sait, ou comme l’auteur de l’histoire. Ni David Grove, ni Michael White ne prétendaient « aider » quiconque. David indiquait comment « faciliter » un travail de découverte chez le client, et Michael montrait comment « contribuer » à son exploration de nouvelles histoires qui lui ouvrent des options nouvelles pour redevenir auteurs de sa vie. L’un comme l’autre focalisait son travail sur le guidage d’un processus d’exploration, tout en adaptant ses interventions au plus près de ce qui émergeait au fur et à mesure chez le client.

Cette posture décentrée est signifiée dans l’appellation même du processus mis au point par David Grove, comme il le souligne :

« Le Clean  Language (langage  « propre », ndlr) accompagne le processus du client tout en garantissant que ses propres signifiés et ses résonances demeurent intacts et non contaminés par les mots du thérapeute.»     

Ce qui l’amène à conclure que moins le praticien en fait, mieux le client est libre de pratiquer ses propres découvertes : « Moins, c’est plus ! »

Il ne s’agit pas d’accréditer une illusoire posture de « non savoir ». D’une part, le praticien sait, au fur et à mesure avec le client, parce que le client l’informe de ce qui se passe au cours de son exploration. Par ailleurs, il dispose, pour faciliter le travail de son client, de repères et de modèles en termes de processus : étapes de travail, niveaux ou espaces de questionnement, cartes, etc.… Au lieu de se perdre dans les dédales de ses questionnements intérieurs ou interprétations hasardeuses, et plutôt que de chercher à figer la réalité du client en lui appliquant des grilles diagnostiques, les praticiens clean et narratifs œuvrent dans le but de faciliter l’exploration par le client de son propre système de construction du monde, ou  de ses multiples histoires avec le sens qu’il leur attribue.

A propos de son travail en Clean Language et Modélisation Symbolique, David Grove explique ainsi le processus qui lui permet de neutraliser les phénomènes d’influence de thérapeute à client :

« Je pose une question Clean à la métaphore et la métaphore peut répondre… Le client est souvent étonné de la réponse et il crée un discours avec sa métaphore, il devient un observateur passionné de ce qui se passe dans son univers. Il se modélise et il en apprend des choses significatives ».

Dans le processus Clean comme dans l’approche narrative, le client seul est maître de définir les changements qu’il souhaite opérer. Le praticien se contente d’interroger les métaphores ou l’espace afin de faire émerger ce qu’ils ont à exprimer au sujet de la situation actuelle du client :

« En Modélisation symbolique, le facilitateur n'essaie pas de changer le client et le changement n'arrive pas sur commande. Le processus de Modélisation symbolique consiste à aider le client à se modéliser et à encourager les conditions du processus de changement en tant que réponse naturelle. Dans ces conditions, le facilitateur se charge de faire découvrir le paysage métaphorique qui est une image de son système de pensée ».  [1]

La construction narrative emprunte sa source même à la métaphore littéraire. Le travail narratif ne vise pas la modélisation, mais il cherche à explorer une pluralité d’histoires parmi lesquelles le client pourra reconnaitre les options identitaires qu’il préfèrerait développer. C’est donc le client l’auteur, et l’accompagnement narratif a pour objectif de contribuer à la capacité de chacun à conduire sa vie, sans présumer de l’aboutissement d’une telle démarche.

La métaphore littéraire permet à Michael White de définir sa posture de thérapeute narratif :

« Ce n’est pas à moi d’interpréter ; ce n’est pas à moi de devenir l’auteur ; je cherche des moyens pour qu’ils redeviennent auteurs ; je ne raconte pas d’histoires moi-même, mais j’arrange les circonstances pour qu’ils racontent leur histoire. »

Si travail narratif s’abstient de toute interprétation ou évaluation, il s’attache à faire exprimer régulièrement celles du client au sujet des histoires qui émergent, et également à propos du processus lui-même. A l’inverse de ce qui se passe dans le travail Clean, le client d’une conversation narrative est fréquemment appelé à donner son avis sur le déroulement de la conversation : comment elle se passe pour lui, ce qui lui parait important, et quelles questions il lui paraitrait pertinent d’explorer à ce stade… Le travail s’opère dans une alliance paritaire entre le client et le praticien, ce qui signifie que le praticien accepte de résonner et de s’engager émotionnellement au côté de son client.

Ceux qui ont eu la chance de rencontrer Michael White et de visionner les enregistrements de ses conversations ont pu éprouver avec quelle douceur et discrétion Michael accompagnait ses clients, enfants abusés, adultes en grande souffrance, dans leur émotion. Chez Michael dominait une attitude de compassion et d’écoute fine. Son guidage opérait en se réglant sur l’émotion de son client. Et avant de s’autoriser à questionner son client, ou à poursuivre la conversation dans une direction qui pouvait paraître chargée en émotions difficiles, Michael sollicitait sa permission.
Il faut souligner là une différence de posture émotionnelle entre Michael White et David Grove : David provoquait une forme de transe légère chez son client, transe dans laquelle il n’entrait pas lui-même mais dont il accompagnait le guidage  en assurant par la transformation de sa voix une puissante présence quasi hypnotique auprès de son client. D’après mon impression, le mode de guidage de David opérait davantage dans l’énergie, par la modulation de la voix, les réitérations verbales, et l’effacement progressif de la présence émotionnelle du praticien.
Rappelons enfin l’extrême soin attaché à restituer au client ses propres mots, soit au cours de répétitions systématiquement réitérées en Clean Language, soit durant de longs éditoriaux récapitulatifs au cours des conversations narratives.



[1] « Des métaphores dans la tête », James Lawley et Penny Tompkins, InterEditions, 2006

Commentaires
Ajouter un nouveau Rechercher
Ecrire un commentaire
Nom:
Email:
 
Titre:
 
Saisissez le code que vous voyez.

3.26 Copyright (C) 2008 Compojoom.com / Copyright (C) 2007 Alain Georgette / Copyright (C) 2006 Frantisek Hliva. All rights reserved."

 

Ensemble des Publications


Dernières publications

Publications populaires