Vous Êtes ici: Accueil Blog Narratives-Clean : quelques croisements

Croisements-Narratifs.fr

Croisements-Narratifs.FR

Narratives-Clean : quelques croisements

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cela fait longtemps que je souhaitais mettre en forme quelques idées sur les étonnantes connexions que je perçois entre les approches Clean[1] et Narrative. Je les utilise de façon complémentaire et elles me paraissent procéder toutes deux d’une posture similaire. Récemment, un message d’une lectrice du site, praticienne et formatrice en Modélisation Symbolique, m’a incitée à mettre des mots sur une intuition que nous étions apparemment au moins deux à partager : il y a de nombreux croisements entre ces deux approches qui se sont développées parallèlement dans le champ de l’accompagnement.

J’ai tenté d’en faire émerger quelques uns à partir de la connaissance partielle et limitée que j’ai pu acquérir concernant ces champs méthodologiques et leurs inventeurs. J’espère donc que mes confrères mieux informés que moi –ils sont nombreux- réagiront de façon à enrichir, amender et affiner cette première approche de leurs commentaires.

 
  1. Des destinées, histoires et engagements parallèles
 

La première connexion qui émerge, c’est le surprenant parallélisme des destinées des inventeurs du processus Clean, David Grove, et de l’approche narrative, Michael White. Tous deux originaires de Down Under, et emportés prématurément à quelques semaines d’intervalle par une attaque cardiaque, ils ont laissé chacun une communauté internationale de praticiens en deuil et un champ immense de recherche et d’expérimentation à explorer à partir de leurs découvertes.

David John Grove, né le 1er décembre 1950 et décédé le 8 janvier 2008 à Kansas City, était d’origine néo zélandaise. Michael White, né le 29 décembre 1948 à Adelaide en Australie est décédé le 4 avril 2008 à San Diego.

Tous deux ont voyagé infatigablement d’un continent à l’autre pour diffuser et faire partager les découvertes engendrées par leur créativité fertile, leur insatiable curiosité intellectuelle et humaine. Tous deux se sont attachés à rendre leur pratique transparente et à la transmettre, avec le souci de modéliser leurs travaux au fur et à mesure : David Grove a élaboré différentes techniques qui offrent des modes d’intervention variés à partir d’une posture unique « Clean » : Clean Language (« langage clean »), Modélisation Symbolique, Clean Space (« espace clean »), Puissance de Six. Michael White a laissé de nombreuses publications dans lesquelles il livre une réflexion théorique dense, des transcriptions de séances bouleversantes et également une demi douzaine de « cartes » destinées à guider le praticien durant ses conversations narratives.

Michael se référait pour ses sources à la philosophie critique française (Foucault, Deleuze, Derrida), à l’anthropologie (B. Myerhoff), à la pédagogie (Lev Vitgovsky) et à la psychologie (Jérôme Brunner) –pour ne citer que ceux ci, et David davantage aux neurosciences. Tous deux sont parvenus à une même conviction qui a pris la valeur d’un engagement personnel et professionnel : le client sait ou peut savoir tout ce qu’il a besoin de savoir. Le rôle du praticien est de l’accompagner dans la découverte de son « système » de construction du monde (Clean), ou la visite de ses histoires négligées afin de redevenir auteur de sa vie (suivant la métaphore narrative).

Je forme l’hypothèse que fait d’être issus de régions du monde qui ont connu des histoires de colonisation parallèles a pu contribuer à développer chez chacun d’eux des engagements éthiques proches : David était d’origine métisse moitié maorie, moitié européenne dans un pays à dominance culturelle et sociale blanche. Michael a côtoyé, sinon connu la violence dans son enfance au sein d’une famille pauvre, et entretenait des liens professionnels et d’amitié avec des populations et individus aborigènes. Révolté par toutes les formes de discrimination ou de subordination liées aux différences de race, de genre, ou de statut social, il s’est référé à plusieurs reprises à la nécessité de « payer le loyer » pour les terres prises aux Aborigènes et a engagé sa vie personnelle et professionnelle dans la résistance aux normes dominantes du pouvoir moderne– d’où l’omniprésente référence à la pensée de Foucault dans son œuvre.  C’est également son militantisme en faveur des minorités qui l’a poussé à créer successivement deux centres de thérapie à Adelaide (le Dulwich Center, puis le Narrative Practices in Adelaide) et à intervenir sur différents continents (Amérique du Nord, Asie Mineure notamment) auprès de personnes et de communautés en souffrance.

Chacun à sa manière s’est voué à développer une histoire et des pratiques en résistance aux normes qui régissent le travail psychothérapeutique et notamment les relations client-thérapeute. Tous deux ont mis l’absolu respect du client et de sa différence comme pivot de leur posture de thérapeute.

Les pratiques d’accompagnement qu’ils ont élaborées à partir de cette éthique partagent au moins deux propriétés essentielles :

·         Elles permettent des applications transverses à différents champs d’intervention en accompagnement des personnes : personnel ou professionnel, individuel ou collectif.

·         Et elles imposent au praticien la stricte observance d’une posture décentrée et influente que Michael White comme David Grove ont défendue de façon aussi originale que rigoureuse dans leur pratique – chacun avec son tempérament et de la façon singulière qui lui correspondait

C’est ce dernier point qui fera l’objet d’un prochain développement sur ce blog



[1]  En anglais : « propre », c'est-à-dire libre de toute inférence, interprétation ou apport personnel émanant du praticien

 

 

Commentaires
Ajouter un nouveau Rechercher
Ecrire un commentaire
Nom:
Email:
 
Titre:
 
Saisissez le code que vous voyez.

3.26 Copyright (C) 2008 Compojoom.com / Copyright (C) 2007 Alain Georgette / Copyright (C) 2006 Frantisek Hliva. All rights reserved."

 

Ensemble des Publications


Dernières publications

Publications populaires