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Au delà de la peur : marcher sur la tête des araignées

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nicole évoque un épisode de son enfance où elle quittait le reste de sa nombreuse famille pour accompagner son père dans une ferme isolée où celui-ci partait le temps de faire quelques gros travaux. Parfois le père retournait en mobylette dans la famille pour deux jours, laissant sa fille seule dans une sorte de château isolé et plus ou moins délabré. En évoquant ce souvenir, Nicole éprouve une émotion très vive :

 « Mais enfin, il y a quelque chose de complètement anormal dans cette situation. Le fait est que je me suis tellement dit que je ne devais pas avoir peur… Vous vous rendez compte : comment j’ai pu donner l’impression que j’étais apte à faire ça ? Comment j’ai pu vivre ça sans hurler ? Moi, j’ai jamais accepté de coucher seule à la ferme, je ne comprends pas pourquoi je me suis…Accepter ça, c’est comme se mutiler un bout de l’enfance ou de l’adolescence à laquelle on a droit..»

Je lui pose des questions sur le sens que ça pouvait bien avoir pour elle d’accepter ça. Nous cherchons à quel genre de réaction ça pouvait bien correspondre de sa part. Elle déclare alors :

« J’ai suivi le rôle qu’on m’avait donné. Là j’ai assumé. Je me suis fait de l’auto persuasion comme quoi je n’avais pas peur, là c’est certain…

Mais il faut dire que j’avais un très gros avantage dans cette situation : j’avais une liberté totale. Je faisais ce que je voulais toute la journée (à part préparer à manger pour mon père quand il était là),  je pouvais aller me promener, aller me baigner dans l’étang, discuter avec la fermière et sa petite fille etc. Je n’avais pas à trainer 2 ou 3 sœurs avec moi, j’avais la liberté.

Donc je pense que la peur je la voulais bien »

Nous travaillons à épaissir et enrichir l’histoire de la liberté, et celle du courage de surmonter ses peurs dans son histoire. Puis une question l’encourage à explorer les apprentissages issus de ce qui représentait pour elle une lourde épreuve :

« Et est ce que vous pensez avoir développé encore d’autres capacités ou connaissances à cette occasion ?

« Rien à part le fait que je pouvais marcher sur les araignées. L’araignée est la seule chose qui m’ait fait peur durant mon enfance, elles pouvaient me faire hurler quand j’en rencontrais dans des endroits inattendus, tout le monde le savait. Là bas, il y avait une promenade que j’adorais faire. Et un jour, je me retrouve dans un marécage où il y avait de très grandes herbes par grandes touffes. Je me suis retrouvée à sauter d’une touffe à l’autre, j’étais pieds nus comme d’habitude, et je criais :

« Ah bah là, les araignées, c’est moi qui vous marche sur la tête!"

 Ca me vengeait de ma chambre chez mes grands parents où j’avais tellement peur des araignées qui tissaient leur toile aux quatre coins du plafond. Là c’était moi qui étais au dessus d’elles, et pas elles au dessus de moi.

Je me souviens d’avoir éprouvé un très grand contentement en faisant cela. »

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