
La semaine dernière, au congrès de l’ICFF centré sur le thème du jeu dans le coaching professionnel, j’ai joué, vibré, appris des choses, et j’ai adoré ça…
Trois ateliers formidables m’ont permis de jouer avec des exercices d’improvisation théâtrale, avec une boîte à jouets, et à une vraie table de poker, sans whisky ni cigares, mais avec un vrai joueur de tournoi et coach, et les vrais jetons dont le son authentique déclenche la poussée d’adrénaline chez les joueurs…
Mais revenons au début : l’improvisation théâtrale, ça repose sur un deux principes d’une simplicité biblique, et c’est diaboliquement compliqué à mettre en œuvre. Pour les règles : j’écoute – j’accepte – je percute. Interdit de dire « non », on prend ce qui vient, et on ajoute une brique à ce qui se construit collectivement. Il s’agit, à partir d’un thème, de construire ensemble un tout qui ait un sens et qui intègre tous les apports.
Quelques exercices courts nous font rapidement comprendre –au cas où d’aucuns se risqueraient à douter –qu’il s’agit là de mobiliser une écoute quasi surnaturelle –pour moi en tout cas. En voici deux parmi mes préférés :
- Le groupe marche dans la pièce, chaque personne suivant une trajectoire aléatoire à la recherche d’une forme de rythme commun. Puis l’animateur lance : « zéro ! ». Là-dessus, les membres du groupe continuent le compte à voix haute (1, 2, 3, 4…), chacun lançant un chiffre tour à tour, sans ordre prescrit, et tout en continuant à marcher… dès que deux voix se superposent sur le même nombre, on reprend le compte à partir de zéro. Le jeu consiste donc à saisir l’opportunité de la fraction de seconde libre dans un rythme global, sans manquer de s’étouffer derechef si un début de vibration sonore annonce que quelqu’un s’empare du même créneau. Essayez, vous m’en direz des nouvelles !
- Bien aussi, dans le genre simple et efficace : un participant volontaire est invité par l’animateur à se tenir assis devant le groupe les yeux fermés pendant 30 secondes. Consigne : « Untel va se raconter une histoire devant vous les yeux fermés. Observez bien, puis dites nous ce que vous avez observé ». Au débriefing, l’ambiance « Salon de la Voyance » le dispute au Festival du Court Métrage dans la catégorie « meilleur scénario ».
Naturellement, le participant « observé » avait pour consigne de rester le plus neutre possible, et s'est simplement acharné à "ne penser à rien"…
La boite à jouets fonctionne sur la métaphore d’aller chercher les ressources « au fond du coffre à jouets », plutôt que faire comme d’hab avec celles du dessus –toujours les mêmes. Un processus de coaching individuel se déroule avec l’appui du groupe, au cours duquel le client scénarise ses représentations à l’aide de Playmobils. Là encore, la médiation par le jouet, l’inscription dans l’espace et, plus encore, le travail du coach facilitent un processus de résolution : c’est précis, écologique et respectueux
Le poker c’était trop fort. Difficile d’obtenir une telle dramatisation des enjeux et stratégies en un temps si bref. Une table de jeux, avec huit joueurs autour, qui jouent chacun pour soi, s’observent, cherchent à se deviner. Quinze mille euros en vrais jetons qui tintent (voir plus haut). Des informations à recueillir, des probabilités à inventorier en temps réel, des décisions à prendre (se coucher, suivre, ou relancer ; bluffer ou se laisser bluffer ?). La vibration gagne vite les joueurs, unis par la proximité, la poussée d’adrénaline partagée, et l’observation mutuelle, comme une confrérie d’adversaires. Et un coach qui, tout en faisant le croupier, relance les questions et les feed backs. Résultat : un « faire comme si » d’une puissance rare qui fournit un trésor d’informations à chacun sur ses stratégies de prise de décision, ses réactions sous stress, et sa relation au contrôle et à la prise de risque.
La métaphore se déploie et prend son sens grâce au talent du coach-croupier inventeur de la méthode. Son questionnement guide un processus permanent de coaching individuel soutenu par le groupe. Et un va et vient continu entre l’attention portée au jeu et le retour sur soi confère sa valeur à l’expérience. Et ce n’est pas que mon avis : d’autres –gagnant ou perdants sans distinction, c’est dire !- ont salué au débriefing la qualité du travail de transposition.
Un grand merci aux animateurs : Alexandrine Atlani (improvisation théâtrale), Bruno Bolle Reddat (boîte à jouets), et Richard Abad (poker), pour leur créativité, leur générosité à partager, et le tour de force pédagogique grâce auquel ils ont « compacté » une part précieuse de leur savoir faire de coachs professionnels afin de la transmettre en une heure ou deux..
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